Erlkönig, ça vous dit quelque chose? Nous non plus, on ne connaissait pas. C’est un motif de camouflage hérité du design automobile des années 1950, censé rendre les formes des prototypes imperceptibles en photo. Cette année, à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, des athlètes adidas Terrex portaient la nouvelle Agravic Speed Ultra 2, pas encore disponible sur le marché, en version Erlkönig. Pas que la chaussure allait faire l’objet d’espionnage industriel… mais pas loin. Car derrière le camouflage, la chaussure n’a pas juste été améliorée. Elle poursuit la lignée d’un modèle qui a véritablement redéfini la performance en sentier. Et qui continue de mener la course.

La révolution du carbone

Le 6 mai 2017, Eliud Kipchoge court le marathon le plus rapide de l’histoire en 2 heures 25 secondes. Il a aux pieds des chaussures révolutionnaires avec une plaque de carbone au milieu des semelles. Il les porte aussi pour briser la barrière des deux heures, en 2019. Les chaussures, dit-on, pourraient représenter une augmentation de la performance de 4 %. C’est énorme. À tel point que le Comité international olympique doit statuer en 2020, à l’approche des Jeux de Tokyo. Vraisemblablement, le but est de dissiper l’inquiétude que les chaussures avec une plaque de carbone soient une forme de dopage mécanique. Néanmoins, elles sont autorisées. Une véritable course à l’armement s’ensuit. Rapidement, toutes les marques de chaussures de course qui se respectent offrent des équivalences.

Pourtant, la technologie magique semble collée à la route. C’est une question de stabilité : en course sur sentier, le terrain est trop accidenté, la direction des impacts trop changeante. Une plaque de carbone propulse résolument vers l’avant, ce qui devient un désavantage hors route. Quelques marques font des essais, mais sans véritable succès. Les sentiers n’ont tout simplement pas leur super shoe. Jusqu’à ce qu’adidas réécrive les règles du jeu avec la révolutionnaire Agravic Speed Ultra au printemps 2024. Sa forme, sa mousse, mais surtout, le design de ses tiges indépendantes parviennent finalement à propulser la révolution du carbone sur la terre, les roches et les racines. Désormais, dans l’univers des ultras, il y a un avant et un après l’Agravic Speed Ultra.

Plus polyvalente, cette version reste axée sur la vitesse pure.

De la Western States à l’UTMB

Abby Hall, coureuse adidas Terrex, vient de Flagstaff, en Arizona. Au moment de notre rencontre à l’UTMB cette année, elle vient de gagner le 100 miles de la Western States deux mois plus tôt. Avec, vous l’aurez deviné, les Agravic Speed Ultra aux pieds : « La chaussure a été conçue pour Western States. Son rocker prononcé, sa mousse super performante… elle est rapide. Très rapide. C’est une arme, cette chaussure. »

Dans ses mains aux ongles vernis orange comme les accents de ses vêtements adidas Terrex, elle tourne et retourne l’Agravic Speed Ultra 2 qu’elle portera à l’UTMB : « Je sens une stabilité accrue dans cette version, ce qui aide vraiment pour une course aussi longue. Les crampons sont un peu plus profonds, ce qui fonctionne bien dans des conditions humides ou boueuses, et sur les pentes prononcées. » Elle nous indique d’autres détails améliorés, qui renforcent son caractère aligné sur les ultras. La partie supérieure est un peu plus légère et durable, tout en permettant toujours un aussi bon drainage après avoir mis les pieds à l’eau. Et la silhouette est plus confortable, avec un profil aux orteils un peu plus spacieux qui accommodera plus de coureurs.

Cette attention au détail est au cœur du processus de développement de la marque. Rowan Axe est responsable produit, course sur sentier, chez adidas Terrex : « Ce qu’il y a de bien avec l’Agravic Speed Ultra 2, c’est qu’on avait pour point de départ une chaussure qui performe incroyablement bien. En coopération avec notre équipe très complète d’athlètes d’élite, on a ciblé les éléments qui pouvaient être améliorés. » Les athlètes et adeptes de course en sentier qui ont adopté l’Agravic Speed Ultra l’ont amenée sur différents types de terrain, révélant son potentiel en matière de polyvalence. C’est ce qui a guidé le développement de cette nouvelle version, qui s’adapte mieux à différents contextes, sans perdre son caractère axé sur la vitesse pure.

Travailler en équipe

Derrière cette évolution, il y a surtout une façon de faire : bâtir avec les athlètes, et non simplement pour eux. Robert Muecke, directeur du marketing sportif et gérant de l’équipe adidas Terrex, a recruté personnellement chaque athlète qui en fait partie : « Ce que vous pouvez voir aujourd’hui, c’est la concrétisation d’une vision qu’on avait il y a six ou sept ans. On a réalisé qu’il n’y avait pas de véritable structure pour encadrer les coureurs sur sentier. Et c’est dans la nature d’adidas de favoriser le bien-être des athlètes, pas seulement d’un point de vue de développement de produits, mais dans le but de leur fournir ce dont ils ont besoin pour atteindre les meilleurs résultats. » Quand la marque commence à prendre la course sur sentier au sérieux, elle n’a pas de collection pour la discipline. Pas de chaussures, pas de vêtements, et pas d’athlètes non plus. Dans le contexte, sa vision en est une de cocréation, où les idées circuleraient fluidement entre coureurs, designers et développeurs. Selon Robert Muecke, cette vision est devenue la réalité d’adidas Terrex.

Désormais, dans l'univers des ultras, il y a un avant et un après l'Agravic Speed Ultra.

Rowan Axe : « Notre équipe est constituée d’un grand nombre d’athlètes dispersés à travers le monde. On a donc la chance de pouvoir leur envoyer des prototypes qui seront testés dans des conditions très différentes. » Par exemple, les athlètes seront invités à aller courir sur un parcours technique d’un kilomètre, avec plusieurs versions de chaussures différentes, pour les mettre à l’épreuve dans des conditions contrôlées. À l’autre extrême, ils prendront des chaussures avec eux pour les tester en nature, dans l’environnement où ils souhaitent les utiliser.

Robert Muecke : « Si vous demandez aux athlètes ce dont ils ont besoin, alors il faut faire un suivi constant avec eux, durant toute la phase de développement. Pas deux ans plus tard. Je ne peux même pas vous dire combien de versions de chaussures sont testées, et combien sont rejetées parce qu’elles ne répondent pas suffisamment bien aux critères de nos coureurs. C’est ce travail de proximité qui crée la magie, en fin de compte. » Et cette magie, on la sent dans les commentaires précis de ceux et celles qui accumulent les kilomètres au plus haut niveau.

Visions d’athlètes

En 2023, Toni McCann a gagné l’OCC, le 50 kilomètres de l’UTMB, et la CCC de 100 kilomètres en 2024. Avant son arrivée avec l’équipe adidas Terrex, elle avait l’habitude de courir avec des chaussures plus minimalistes. À propos de l’Agravic Speed Ultra 2 : « Avec la combinaison de la mousse qui a plus d’amorti et des tiges plus rigides, on ressent que les impacts sont vraiment bien absorbés par la chaussure. Encore plus en  descente. Et la rigidité des tiges lui confère un peu plus de stabilité que la première version. Ça aide aussi dans les ascensions, avec davantage de propulsion. »

Petter Engdahl abonde : « L’équilibre entre carbone et résine dans le matériau des tiges a été perfectionné. Ça permet qu’elles soient plus rigides, mais sans qu’elles brisent. » Petter est membre de l’équipe adidas Terrex depuis 2021. Entre autres accomplissements, il est le premier coureur à avoir terminé le parcours de 100 kilomètres de l’UTMB – avec ses 6 200 mètres de dénivelé positif – en moins de 10 heures.

En plus de sa carrière d’athlète, il est étudiant à la maîtrise en design industriel, ce qui lui donne une perspective unique sur le développement de produits. La mousse dans l’Agravic Speed Ultra 2 est celle que lui et d’autres athlètes de l’équipe ont testée à la Western States en 2024. Plus légère, elle donne un meilleur retour d’énergie. Rowan Axe : « Les mousses se sont développées de manière assez impressionnante ces dernières années, et adidas est un leader dans le développement de ce qu’on pourrait appeler les super foams. »

Petter, Toni et Abby ont des CV plus qu’impressionnants. On n’a aucune difficulté à voir l’importance que peut prendre leur contribution au développement d’une chaussure aussi performante. Et maintenant, imaginez : de trois ou quatre athlètes au départ, l’équipe adidas Terrex en compte désormais près de 35. Les conversations qu’on a eu la chance d’avoir à l’UTMB ne nous laissent aucun doute : on parle d’une grosse machine, réglée au quart de tour. Et ses succès, comme ceux de ses produits, ne doivent rien à la chance.

La chaussure a été conçue pour la Western States. Son rocker prononcé, sa mousse performante… elle est très rapide. C'est une arme, cette chaussure.

Au pied du Mont-Blanc, difficile de ne pas sentir que l’Agravic Speed Ultra 2 est plus qu’une simple mise à jour. Sous son camouflage, elle incarne surtout la continuité d’un projet ambitieux : faire entrer le trail dans l’ère des super shoes, sans sacrifier la stabilité et la confiance nécessaires en terrain accidenté.

Pensée au départ pour une course comme la Western States, rapide et roulante, l’Agravic Speed Ultra a rapidement prouvé qu’elle pouvait aller beaucoup plus loin. En l’amenant partout, sur des parcours plus techniques, plus longs et plus imprévisibles, les athlètes ont révélé ses forces… et son potentiel de progression. Avec cette deuxième version, adidas Terrex n’a pas cherché à réinventer sa formule gagnante, mais à la raffiner : plus de contrôle, plus de durabilité, plus de polyvalence. Toujours avec la même promesse au cœur du modèle : celle de transformer chaque foulée en vitesse. Et de continuer à mener la course, partout où elle se passe.