Fragments de Toronto
Dans les coulisses du studio de photographie argentique Memento Lab.

Photos par Memento Film Lab.
Pourquoi se réintéresse-t-on à l’argentique? Sans doute pouvons-nous établir une comparaison évidente avec les disques vinyles et autres retours dans le passé de la vague analogue. Memento Film Lab ouvre ses portes en 2023, porté par les passionnés de photo James Lai et Helder Matias, qui nous ouvrent la porte du studio. Chronique d’une renaissance annoncée.

Le studio, c’est une archive involontaire de Toronto, racontée ici par ses habitants plutôt que par ses institutions. La poésie des premières neiges, les cerisiers en fleurs à High Park, la frénésie des Blue Jays en séries : chez Memento Film Lab, c’est toute une gamme d’images - près d’un millier par jour! - et de combinaisons visuelles qui finissent par constituer une fascinante trame narrative de la ville, comme un reflet de sa mémoire collective. « Ces images ouvrent une fenêtre sur un quotidien qu’on ne connaîtra jamais. C’est une façon d’entrevoir la vie des autres dans ce qu’elle a de plus directe, sans artifice », résume Helder.


La photographie façonne notre manière de voir le monde. Elle impose d’observer et de choisir quoi immortaliser. Au numérique s’oppose l’argentique. Plus qu’une technique, elle devient une discipline, une nostalgie héritée du siècle dernier. Chaque image exige une attention particulière, chaque pellicule un engagement - peut-être un thème, un projet, une intention spécifique. « Elle vous force à réfléchir à chaque pose, vous offre un moment de répit de cet océan numérique dans lequel on baigne normalement », explique James. « Le geste est physique : toucher, développer, sécher, encadrer. Même le simple fait d’imprimer ses images crée un lien plus fort qu’un millier de clichés oubliés sur un écran.», ajoute Helder.


Les gens choisissent de photographier à peu près les mêmes choses qu’autrefois - sourires, instants de vie, scènes de rue ou mouvements marginaux, voire clandestins. C’est la beauté de l’art; il évolue avec le temps, certes, mais c’est avant tout un reflet de l’expérience humaine. Et si celle-ci change aussi, avec ses nouvelles moralités, ses technologies, ses références, elle reste fondamentalement la même. Notre besoin d’être vu demeure. C’est peut-être là que réside la force de Memento : dans cette capacité à retenir ce qui, autrement, serait voué à disparaître.


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